N'ignorez pas le rebound

N'ignorez pas le rebound

Pleine conscience | Mercredi 31 Décembre 2025
CyrièlePar Cyro

Un de mes professeurs, Stewart Gilchrist, disait dans une interview publiée récemment sur Instagram que le yoga nous invite à nous poser quelques questions fondamentales sur nous-mêmes :
  • Qui suis-je ?
  • Qu’est-ce que je fais ici ?
  • Où est-ce que je vais ?
Et que la plupart des gens ne sont pas prêts, au départ, à aller creuser aussi profond. Alors le yoga les attire doucement dans cet espace de réflexion intérieure en leur faisant une promesse : s’ils reviennent encore et encore, ils finiront par toucher leurs orteils.

Je ne vais pas vous mentir : c’est exactement comme ça que le yoga m’a convaincue au départ. Et quand j’y pense aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de regarder mon ancien moi avec un sourire entendu. À mes débuts, je m’intéressais bien plus aux acrobaties du corps qu’à celles de l’esprit. Mais avec le temps, j’ai compris que tout ce que j’apprenais sur le tapis pouvait aussi s’appliquer en dehors du tapis.

Je n’enseigne pas toujours des cours de vinyasas dynamiques. En réalité, la majorité de mes cours réguliers aujourd’hui sont des cours de Yin, ce qui est assez ironique quand on sait que je n’aimais pas tellement cette pratique au départ.

Si vous ne connaissez pas le Yin, j’ai écrit un article il y a quelques années qui détaille les bienfaits et les défis de ce style. Mais pour résumer, je le vois comme une autre porte d’entrée vers la connexion corps-esprit, s'appuyant sur l’immobilité plutôt que le mouvement. Faire taire les distractions. Calmer le bruit. Rester présent malgré l’inconfort - physique, émotionnel ou mental. Observer ce qui émerge, et prendre ses responsabilités, sans jugement. Honnêtement, je trouve le Yin bien plus exigeant que n’importe quelle pratique basée sur le mouvement.

Le premier principe du Yin est de trouver sa limite.

Ce qui signifie être capable d’identifier la frontière subtile entre l’inconfort et la douleur.

Respirer à travers l’inconfort, c’est pratiquer la résilience. Avec le temps, notre seuil de tolérance s’élargit : on crée plus d’espace. Mais la douleur n’est pas un endroit qu'on souhaite visiter. La première étape du Yin consiste donc à s’écouter et à évaluer ce avec quoi on travaille. Malgré tous mes efforts et mes innombrables indications, il y a toujours quelques élèves qui veulent pousser au-delà de ce que leur corps ne semble clairement pas prêt à faire. C’est l’ego qui parle. Je ne leur en veux pas: je suis passée par là moi aussi. Sur le tapis, et surtout en dehors du tapis.

Ralentir

Il y a quelques semaines, j’ai acheté un tout nouveau dentifrice. Il était présenté comme une nouvelle formule, encore plus efficace pour blanchir les dents, et en plus à –50 %. Une bonne affaire. La première fois que je l’ai utilisé, j’ai eu l’impression de me brosser les dents avec de l’eau de Javel - ou du moins ce que j’imagine que ça doit avoir comme goût (je n’ai jamais essayé… ne le faites pas). Mais comme j’avais investi dans ce produit et dans sa promesse d'efficacité, j’ai continué à l’utiliser malgré son goût atroce.

Depuis, c’est presque devenu une blague à la maison. “Je vais me brosser les dents. Souhaite-moi bonne chance.” Ce qui faisait partie d’un rituel plutôt agréable - se préparer pour aller dormir - est devenu une étape dans laquelle je m'engage en traînant les pieds.

Je suis maintenant à peu près aux deux tiers du tube, et l’autre soir, en me brossant les dents, j’ai dit à mon mari : “J’ai oublié le goût d’un bon dentifrice. Je me demande comment je vais réagir la prochaine fois que j’en utiliserai un normal, juste à la menthe. Ça va me faire bizarre.” Il m’a regardée et m’a répondu : “C’est fou comme on s’habitue à l’inconfort, non ?”

Il ne parlait pas de dentifrice.

Yin

En Yin, on maintient chaque posture entre trois et cinq minutes en moyenne. Chaque posture crée une zone de compression et une zone de stress (on ne parle pas d’étirement pour les ligaments, les tendons ou les fascias), et c’est ce qui génère l’inconfort. Lorsqu'on sort de la posture, on entre dans ce qu’on appelle le rebound. Le rebound, c’est essentiellement l’absence de compression et de stress; un retour au neutre. C’est ce qui nous permet de nous souvenir de ce que le confort procure comme sensation.

J’ai toujours appliqué ce principe dans mes cours de Yin. Je comprends l’importance du relâchement physique. Mais je n’avais jamais vraiment réfléchi à la pratique du rebound en dehors du tapis.

Et ça m’a amenée à me poser cette question : suis-je réellement capable d’identifier le stress si je ne m’accorde jamais de moments de paix ?

Mon agenda est toujours bien rempli. Je travaille, j’enseigne le yoga, je pratique, je joue de la musique, je vois mes amis. Je suis constamment en mouvement. La plupart du temps, ça ne ressemble même pas à du stress. Mais quand tout ralentit, je me rends compte à quel point je me laisse rarement le droit de ne rien faire. Littéralement rien. Juste me reposer. Un moment de rebound.

Ces dernières semaines, j’ai eu pas mal de temps pour ça. Et devinez quoi ? Mon corps a réagi immédiatement. J’ai dormi comme un bébé. Mon humeur s’est améliorée. Mon énergie est revenue. Et j’ai réalisé que j’avais oublié ce que le confort fait ressentir.

Le repos fait partie de la pratique. Le rebound est nécessaire pour intégrer pleinement le travail; c'est un peu comme apprendre par contraste. Quand on ignore le rebound, on oublie ce que le confort signifie.

Lorsque j’enseigne le Yin, j’invite toujours mes élèves à observer les émotions ou les pensées qui surgissent pendant la posture. Parce que tout ce qu'on ressent et pense influence notre pratique; ça peut la rendre plus difficile ou plus accessible. Mais à un moment donné, on sort toujours de la posture. Je crois que j’avais oublié de le faire en dehors du tapis.

Le corps réagit en premier, puis l’esprit intellectualise et prend le dessus.

Je ne dis pas qu’il ne faut jamais essayer de pousser ses limites. Je dis qu’il est important de s’arrêter et de se demander pourquoi on continue de pousser.

Est-ce que ça nous sert ?
Est-ce que ça respecte nos besoins à cet instant précis ?
Avons-nous besoin de pousser ou de lâcher prise ?

C’est ça, la pratique. Cet équilibre délicat entre trop et pas assez. C'est le yoga.

Alors si vous envisagez de vous mettre au yoga en 2026 - ou d’y revenir - pas parce que vous souhaitez toucher vos orteils ou tenir un handstand (ceci dit si c’est ce qui vous motive à revenir, soit), mais parce que vous souhaitez apprendre à écouter vos besoins…

N'ignorez pas le rebound.

Observez ce que votre corps vous dit. Écoutez-le.
  • De quoi avez-vous réellement besoin maintenant ?
  • Quelles parts de vous-même faîtes-vous taire afin de rester sur ce chemin ?
  • Et est-ce vraiment là que vous souhaitez aller ?
Non pas pour l’image que vous renvoyez - aux autres ou à vous-même - mais pour vous.
Et quand finalement vous trouverez les réponses à ces questions viendra la plus importante de toutes : est-ce que ça en vaut vraiment la peine ?

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