Avant les résolutions, la régulation

Avant les résolutions, la régulation

Pleine conscience | Mardi 27 Janvier 2026
CyrièlePar Cyro

Ces derniers temps, je passe peut-être un peu trop de temps sur Instagram, mais pour ma défense, mon feed est surtout composé de profs de yoga qui partagent leurs réflexions, et de temps en temps une pub pour du skincare. Bref, je suis récemment tombée sur un reel de Kate Lister, dans lequel elle expliquait comment elle avait transformé la liste stressante des résolutions du Nouvel An en un modèle basé sur la régulation. Elle a réussi à formuler avec beaucoup de clarté et de simplicité quelque chose que je ressens depuis longtemps sans avoir jamais réussi à l’exprimer aussi justement.

Ça fait maintenant quelques années que tous les premiers de l'an, j’essaie d’expliquer la distinction que je fais entre résolutions et intentions dans le but d'inviter mon interlocuteur à définir une liste d'intentions plutôt qu'une liste de résolutions. Mais au fil de mes conversations, j’ai compris que cette différence entre ces deux mots n’avait probablement de sens que dans ma tête. En réalité, je n’utilisais tout simplement pas les bons termes.

J’expliquais les intentions comme décrivant un état d’esprit, par opposition aux résolutions qui, selon moi, décrivaient un objectif concret. C’est, au mieux, discutable d’un point de vue sémantique. Je prenais souvent des exemples comme celui-ci : si une résolution - selon ma définition un peu bancale - était "je veux tenir en équilibre sur les mains", alors l’intention devait être "j'ai besoin de cultiver la concentration et la discipline pour trouver l’équilibre". J’essayais d’inviter les gens à réfléchir à la motivation derrière l’objectif. Personnellement, c’est en faisant ce travail que j’ai réalisé que bien souvent, l’objectif que je m’étais fixé ne correspondait pas à l’intention que j’avais réellement. C’est un peu comme un problème de design : quand on s’attache trop à une solution, on s’acharne à la mettre en œuvre sans prendre le temps de réfléchir au vrai problème qu’elle est censée résoudre. Comme j’aime le dire, on se retrouve alors avec "la bonne solution au mauvais problème". Une façon polie de dire qu’en réalité, ça ne résout rien, et que ça crée souvent encore plus de problèmes.

La régulation d'abord

Mais la manière dont Kate l’a formulé a beaucoup plus sens : pour pouvoir identifier clairement le véritable objectif, nous devons nous sentir suffisamment en sécurité pour aller creuser. Et ça ne peut se faire que depuis un état régulé; un état dans lequel on se sent calme et équilibré(e), avec suffisamment de confiance en notre discernement et en nous-mêmes.

La régulation est un processus. C’est ce que j’appelle "trouver l’équilibre". Ce n’est pas un état d'immobilité parfaite, mais un état d’adaptation constante. Ça demande de s’écouter et d’être honnête avec soi-même afin de pouvoir reconnaître ce qui ne tourne pas rond. Et ça demande de la confiance en soi car ce qu’on y découvre peut ne pas nous plaire - peut-être que ce handstand n’est pas ce dont nous avons besoin en ce moment. Et cette prise de conscience peut venir froisser notre ego.

Les résolutions créent des attentes. La régulation naît d’un état d'harmonie.

Kate explique que les résolutions devraient être définies depuis un état régulé - une fois que nous savons ce dont nous avons réellement besoin et que nous avons déjà mis en place les routines nécessaires pour entretenir cet état. Parce qu’être régulé(e) apporte de la clarté. Et je crois sincèrement que la clarté mène à la compassion.

Bien sûr, il n’y a rien de mal à se fixer des objectifs. À se pousser hors de ce que l’on connaît, hors de sa zone de confort. Mais pour traverser l’inconfort sans se perdre en chemin, il faut savoir comment revenir à sa zone de confort. Il faut connaître les outils qui nous permettent de retrouver cet état régulé.

Alors peut-être que cette année, avant d’écrire votre to-do list pour 2026, prenez un instant pour vous poser une question plus yogique : qu’est-ce qui m’aide à revenir à la stabilité ?
Le yoga n’a jamais été une quête permanente du "toujours plus". C’est une pratique qui consiste à remarquer quand nous sommes décentré(e)s, et à apprendre à revenir en notre centre. C’est la régulation. C’est l’équilibre. Pas l’immobilité, mais la capacité de réponse. Peut-être que vos véritables non-négociables ne sont pas des objectifs, mais des conditions : suffisamment de repos, des moments de calme où rien ni personne n’attend quoi que ce soit de vous, des pratiques qui vous permettent de vous sentir assez en sécurité dans votre corps et votre esprit pour écouter honnêtement. Depuis cet espace, les intentions émergent naturellement. Et lorsque des objectifs apparaissent, ils ne sont plus dictés par l’ego ou par des attentes, mais par la clarté. En termes yogiques, ils naissent de sthira et sukha - la stabilité et l’aisance. Et lorsqu’on commence par là, la compassion a tendance à suivre naturellement.

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