S'adapter est dans notre nature

S'adapter est dans notre nature

Pleine conscience | Mercredi 24 Mars 2021
CyrièlePar Cyrièle

Si le yoga m'a appris quelque chose, c'est que l'équilibre est la clef. Si vous prenez votre corps par exemple: il s'adapte toujours pour revenir à un état d'équilibre. Il adapte sa température pour suivre les changements climatiques, il adapte sa vision lorsque la lumière varie, il adapte ses muscles lorsqu'il est soumis à un effort ... S'adapter, c'est survivre. Certains de ces changements sont inconscients. D'autres nécessitent de la concentration et avant tout l'acceptation de l'idée de changement. L'adaptation ne se produit pas seulement au niveau physique. Notre esprit, nos idées, nos modèles mentaux s'adaptent également. J'ai toujours été fière de me considérer comme une personne cohérente et fiable. Cependant, mes points de vue, mes opinions ou mes goûts ont changé au fil des ans. J'ai réalisé que s'adapter, ce n'est pas abandonner. S'adapter, c'est s'ouvrir. C’est se sortir d’un cul-de-sac.

Dernièrement, j'ai blagué sur le fait que j'ai parfois l'impression d'avoir découvert le yoga juste à temps pour pouvoir survivre à cette pandémie. J'ai souffert de troubles du comportement alimentaire pendant environ 10 ans. Alternant des périodes d'anorexie où je me laissais littéralement mourir de faim et ne mangeais qu'une pomme par jour pendant des mois, et des périodes de boulimie durant lesquelles je me gavais à en être malade, pour calmer mon anxiété. Avant de découvrir le yoga, le seul moyen pour moi de me tenir à l'écart de ces mécanismes destructeurs était de m’occuper et de rester active, d'être autant que possible à l'extérieur pour me distraire. Je n’imagine pas l'agonie que ça aurait été pour moi si cette pandémie s'était produite il y a 13 ans.

Le yoga en tant que cadre de vie m'a enseigné des outils pour avoir moins peur de ce que je ne peux pas contrôler, être plus en phase avec mes besoins et plus généralement mieux accueillir le changement.

Pourquoi résistons-nous au changement?

La peur

La peur est certainement la principale raison pour laquelle nous cessons de nous développer que ce soit physiquement ou mentalement. C'est quelque chose dont je parle souvent dans mes cours de Yin. En essayant de relâcher les tensions pour cibler les couches les plus profondes des tissus conjonctifs du corps, nous avons souvent tendance à engager nos muscles, parfois même sans le remarquer. Il s'agit d'un mécanisme de protection de notre corps qui n'est pas sûr que nos articulations puissent s'étirer autant. Mais si cette réaction se produit dans notre corps, elle se produit également dans notre esprit. La plupart des conflits ont lieu lorsque nous refusons de nous mettre à la place de l'autre, et de voir sa vérité au travers de son prisme. L'autoriser signifierait que nous donnerions véritablement une chance à ces arguments et envisagerions vraiment un modèle mental différent l'espace d'une seconde. C'est effrayant. Ça signifie recâbler notre cerveau différemment. Qui sait ce que nous pourrions découvrir? Peut-être qu'on avait loupé un élément essentiel depuis le début. Mais si c'était effectivement le cas, serait-ce alors une mauvaise chose?

Le manque d'options

L'une des meilleures décisions que j'ai prises a été de déménager à l'étranger. Je suis française et je n'avais jamais vécu à l'étranger avant de rencontrer mon copain, qui vivait alors à Londres. J'habitais à Paris à l'époque. Quelques mois plus tard, j'ai décidé de le rejoindre sans trop savoir à quoi m'attendre. Pour être honnête, la culture britannique n'est pas si différente de la culture française, si vous la comparez à la culture indienne ou japonaise par exemple. Pourtant, certaines des différences entre les 2 pays m'ont montré que les choses pouvaient être faites différemment. Une société, une nation, une communauté etc... est avant tout un système. Chaque membre interagit avec les autres en suivant des coutumes - ou des règles - et il y a généralement une compréhension partagée entre tous les acteurs d'un système. Des références ou des expériences partagées créent ce sentiment d'appartenance et façonnent notre perception du monde. Même si nous savons que tout le monde ne peut pas partager les mêmes expériences - on ne fait pas tous parti du même système - les conséquences ne sont pas toujours évidentes à envisager. S'il existe différents systèmes qui fonctionnent avec des règles différentes, alors peut-être que la solution à certains des problèmes auxquels nous sommes confrontés dans notre système peut être trouvée simplement en regardant comment font nos voisins.

Les habitudes

Je pense que les habitudes peuvent être les plus difficiles à repérer. Contrairement à un manque d'options - qui en soi présuppose que des options alternatives sont recherchées - lorsqu'on se repose sur nos habitudes, on a tendance à ne même pas les remettre en question. Par conséquent, nous n'essayons même pas de les challenger. Ces dernières années, le mouvement #metoo a fait beaucoup de bruit et a mis en lumière à travers une voix unifiée, ce que les femmes avaient individuellement rapporté dans le passé. Ça a donné au discours des femmes une voix plus forte, et suffisamment de poids pour enfin se faire entendre. Je me suis toujours considérée comme féministe. J'ai été élevée de manière neutre (gender neutral) par ma famille et je ne me suis jamais sentie conditionnée ou exclue par le fait que je suis une femme. Comme la plupart des gens l'ont fait lorsque le hashtag est sorti, j'ai commencé à lire de plus en plus sur le sujet. J'ai réalisé que certains de mes comportements que je n'avais jamais remis en question jusqu'à présent n'avaient en fait aucune preuve scientifique ni même d'explication rationnelle outre le fait d'être des reliques du patriarcat, que j'avais intégrées au point où ils étaient devenus la norme. Je ne voyais même pas le problème, et cette prise de conscience fut déchirante. Il aura fallu un soulèvement mondial pour que je remette ces comportements en question. Sans #metoo, je n'aurais peut-être jamais réfléchi à ces habitudes.

Comment s'adapter?

Observer pour comprendre. Comprendre pour faire confiance.

Nous avons tendance à craindre ce que nous ne comprenons pas. Que ce soit une culture ou une religion, une langue ou un look excentrique. La compréhension est la base de la confiance. Comprendre comment quelque chose fonctionne, comment quelqu'un pense, pourra – ou pas – nous permettre de le changer. Quoi qu'il en soit ça nous permettra d'avoir une conclusion. Une expérience dont nous pouvons tirer des leçons. Comprendre d'où vient une douleur physique peut nous permettre d'agir ou de la contourner. Comprendre le contexte dans lequel quelqu'un évolue peut nous aider à voir ce qu'il ou elle essaie de nous dire. Comprendre nos propres schémas de pensée, observer leurs déclencheurs et remarquer leur impact peut nous aider à démarrer un processus de guérison. Il y a environ 8 ans, j'ai commencé à prêter attention à ce qui déclenchait mes crises. J'ai réalisé que j'étais tellement attaché à ce que les autres pensaient de moi que je ne disais jamais non à rien, pour ne jamais décevoir personne. Mais en faisant ça, j'accumulais énormément de stress que je ne savais pas comment gérer. C'est ainsi que la boulimie a commencé: comme un moyen d'évacuer un stress écrasant. Quand j'ai réalisé ça, j'ai commencé à dire non et à me faire passer en premier. J'ai perdu quelques copains-à-boire dans le process c'est sûr, mais est-ce que je le regrette? Pas une seconde.

Lorsque nous cessons d'avoir peur, nous pouvons trouver la paix.

Changer de perspective

Quand quelque chose n'a pas de sens pour nous et que nous nous sentons complètement coincés, nous pouvons essayer de changer de perspective. C'est ce que j'appelle dans mon autre travail la résolution créative de problèmes. Parfois, il s'agit juste de regarder autour de soi pour voir comment les autres résolvent le problème (et découvrir parfois qu'ils arrivent même à l'éviter complètement!) Parfois, ça implique de recadrer le problème: rappelez-vous que ce que vous voyez dépend toujours de là où vous regardez mais aussi de l'endroit d'où vous regardez. Essayez de reprendre contrôle. Si vous vous sentez coincé(e) par quelque chose que vous ne pouvez pas changer, parce que ça ne dépend pas seulement de vous, alors peut-être que la meilleure façon de vous adapter est de lâcher prise et de concentrer votre temps, vos efforts et votre énergie sur quelque chose que vous pouvez réellement contrôler.

Ayez conscience de votre zone de confort

Une des choses avec lesquelles j'ai eu le plus de mal quand j'ai commencé à pratiquer le yoga était ce discours m'invitant à "écouter mon corps". Je n'arrivais pas à comprendre comment je pouvais à la fois repousser mes limites et progresser, tout en prenant la pose de l'enfant dès que la pratique devenait trop intense. N'est-ce pas contradictoire? Je suppose que le but est d'arriver à se connaître suffisamment bien pour sentir quand on a besoin d'aller plus loin et quand il vaut mieux rester dans sa zone de confort. Parfois, rester dans ce qui nous est familier est la meilleure chose que nous puissions faire pour nous-mêmes. C'est rassurant, c'est réconfortant, on se sent en sécurité. Mais si nous n'évaluons jamais ce dont nous avons réellement besoin avant de toujours faire la même chose, on peut rester coincés dans nos habitudes.

J'ai mentionné plus tôt dans cet article ma relation compliquée avec la nourriture: lorsque vous vous affamez parce que vous avez besoin de vous sentir en contrôle, vous devez couper la connexion entre votre corps et votre esprit. Vous ne pouvez pas écouter ce que votre corps vous dit, car il vous dirait littéralement de manger pour arrêter de vous laisser mourir. J'ai donc passé environ 10 ans à ne pas savoir comment déchiffrer ce que mon corps me disait. Je ne sentais ni la faim, ni la soif, ni la fatigue, jusqu'à ce que mon corps se mette en veille comme un ordinateur crash quand il n'a plus de batterie. Apprendre à capter les signaux de mon corps m'a pris du temps. Et même aujourd'hui, quand je suis stressée, je vois bien que j'ai tendance à arrêter d'écouter et à reprendre mes anciennes habitudes. Être capable de faire une pause et de réfléchir et de ne pas nécessairement considérer l'option par défaut comme la seule (et la meilleure) est une leçon très précieuse. Il en va de même avec la pratique du yoga physique. Si vous choisissez toujours la variation la plus intense, demandez-vous peut-être pourquoi? Est-ce ce dont votre corps a besoin ou est-ce que vous adoptez par défaut une vieille habitude?

Le contexte change toujours et nous devons faire avec. Nous devons nous adapter, toujours. Tout commence par l'acceptation: reconnaître qu'on se sent coincé(e). Comprendre ce qui nous empêche de passer outre tout en restant bienveillant(e) envers nous-même. Sans jugement. Identifier une situation d'inconfort et comprendre sa cause profonde est la première étape vers le changement. Il faut donc continuer à avoir confiance en nous-mêmes et en notre capacité à non seulement traverser cette pandémie, mais aussi à en sortir plus résilient et plus sage.

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